Je célèbre aujourd'hui un anniversaire peu habituel; ce n'est pas l'anniversaire de ma naissance, ni celui de ma rencontre avec Paulo, encore moins celui de x années au service d'un quelconque employeur...
Il y a dix ans, mon chemin croisait celui d'une jeune femme qui terminait sa vie, dans cette dimension. Par un "hasard extraordinaire" je reçus d'elle un organe vital qui m'aida à continuer mon chemin sur Terre. Avec les années et le recul nécessaire à l'analyse, je sais que cette trans-plantation fut un lien essentiel, la partie viscérale qui me manquait pour re-commencer une nouvelle vie mais... n'oublions pas que nous ne sommes pas seulement faits de chair et d'os.
Et pendant ces dix ans, il fut nécessaire de relier le corps et l'esprit à l'âme.
Un travail compliqué si l'on créé une co-dépendance avec les médecins, l'hôpital et les in-évitables médicaments...
Plus compliqué encore si l'on abandonne son pouvoir aux mains des autres et que l'on autorise ceux-ci à nous dicter notre conduite... notre vie.
Enfin, un travail qui ne se termine jamais si nous oublions que nous faisons partie d'un Tout et que nous devons vivre chaque jour et chaque seconde en accord avec ce Tout.
A la moitié de mon trajet, Leonor encore "enfant" fit de ce dessin mon portrait de l'époque :)
Très intuitive ma fille!
J'ai donc appris à poser les questions qu'il ne fallait pas poser et à prendre des décisions jamais prises, j'ai découvert que j'avais un pouvoir, celui de choisir... même si j'ai opté pour des chemins peu parcourus.
Sortir du moule, dire non au conformisme, marcher sur une ligne visible qu'à mes propres yeux furent les défis du quotidien. Il y eut des moments de peur et de solitude, des moments d'espérance et de confiance absolue.
Et tout ça pour recevoir quoi?
La sérénité que l'on ressent après avoir achever quelque chose que l'on ne se croyait pas capable de faire... la zenitude, le sentiment de la réalisation personnelle.
Cette période de dix ans ne fut qu'un cycle au milieu d'autres cycles et d'autres ont commencé alors que je ne m'en rends pas encore compte... peut-être dans dix ans!
Je remercie ce "hasard extraordinaire" en sachant toutefois qu'il n'a rien à voir avec la chance... j'aime à penser qu'il y avait un contrat écrit dans un monde plus subtil et je me sens heureuse d'avoir pu l'honorer jusqu'à maintenant.
... isabelle
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14 Janvier 2011
Il y a deux jours que je suis rentrée et je cherche les mots pour parler de cette expérience qui m'a été donnée, d'accompagner mon père jusqu'au dernier jour de sa vie entre nous...
En réalité, il n'y a pas de mots.
Alors qu'il serait normal de me sentir plus pauvre, car cet homme que j'ai connu pendant 50 ans est parti pour toujours et je ne le reverrai jamais sous sa forme physique... je me sens au contraire comblée et plus riche.
... j'ai partagé les moments les plus intimes que furent ceux du doute sur ce qui adviendrait après, de la peur de la souffrance, de la vulnérabilité de l'homme qui vit consciemment ses dernières heures.
... j'ai mis de côté mes propres croyances pour essayer de fortifier cette foi que nous ne partagions pas et qui vacillait par au moment.
... je me suis ouverte à la compassion, acceptant et respectant son chemin, bien que différent du mien
... je lui ai donné la main et j'ai rafraichi son corps de la fièvre
... j'ai eu le courage de lui dire "Je t'aime et je te laisse partir"
... et mes doigts ont senti les derniers battements de son pouls et sa vie qui s'échappait vers la Vie.
Avec Maman, nous avons vu Noël et les fêtes de fin d'année passer à côté, comme si nous vivions dans un cocon, car comment revêtir des habits de fête alors qu'en réalité notre esprit continuait en veille près de Papa, dans l'unité de soins palliatifs.
... et pendant ces trois semaines, chaque fois que j'avais 5 minutes ou une heure pour moi, j'ai feuilleté les albums-photos de mon enfance.
Je les ai tous regardés, des plus récents au tout premier, dans les années 50 et petit à petit la jeunesse, la santé et la joie de mon père ont estompé le regard moribond des dernières heures.
Le corps abrite l'esprit et par la mort, celui-ci repart vers l'Unité... parfois il est nécessaire d'être le témoin de ce moment pour commencer finalement à vivre, sans peur.
... isabelle






